Fil

Où ai-je laissé le fil de la pensée ?
Des murs d’eau ont remplacé l’espace
où les mots chuchotaient.
La mer, le ciel, le vent,
simples façades azur,
et l’étoile des sensations
A des relents de mort


Est-ce que la vieille tapisserie aux formules héraldiques –
chimère à sénestre, lion couché à dextre –
se laissera découdre ?
Sempiternels emblèmes, contes déréglés,
j’ai oublié la vie
dans une devise, là où
les mots descendent vers l’ombre.


Je sais la peur qui détrempe encore trop de couleurs

Adieu

Là, derrière quelques photos, dans un dossier où des mains ont placé d’autres clichés, il y a des dates, des mots pâles, des souvenirs à peine plus gros que la tête d’épingle qui perfore la chair à l’intérieur de l’âme, en laissant, sur les pommettes, quelques lignes de sang. Les doigts cherchent à retenir un sourire que le papier absorbe, les yeux, autrefois gênés de regarder ceux qui les regardaient, restent fixés dans le vide d’un éclair de xénon.

Les lèvres tremblent un peu dans l’air du soir. Les pieds se sont glacés. Le front est chaud de l’évaporation de la mémoire quand les mains cherchent d’autres images, celles que l’on a perdu derrière le rideau écarlate du temps.

La paix n’a pas de présent. Elle dort sous les baisers, les fleurs salées de la houle, les fumées de bateaux.