
Le doigt de ma mère sur la table vernie dessine une traînée brillante dans la poussière. Elle va bientôt la faire disparaitre ; la poussière l’effare, elle révèle ses défaillances, cette incompétence qui la poursuit sans pitié.
Je la regarde travailler, je l’aide un peu, puis je m’arrête ; je regarde les rayons du soleil où la poussière demeure en suspens, scintillante, tournoyante. La poussière révèle le soleil, elle est la dernière lueur du jour, elle est la lumière chaude des lampes la nuit, quand ses paillettes d’or montent et descendent sous les abat-jours. Je la recueille entre les pages d’un grand livre, là où vivent les fées, celles qui gardent la poussière des lutins. Les fées sont des mères, elles incarnent la destinée dont elles empruntent le nom, elles seules peuvent la changer. J’attends longtemps leur venue.
Sur cette vieille photographie, un peu orangée désormais, je me tiens droite devant l’objectif, vêtue d’une longue robe bleu pâle, bordée de fourrure blanche. J’ai sur la tête un bonnet pointu et à la main une baguette magique que couronne une étoile, tous dorés. D’un grand mouvement de main je m’essaie à nous faire entrer dans un conte qui finirait bien.
Cette étoile, je la cherche toujours dans le firmament, perdue entre voie lactée, constellations et comètes. La ligne droite d’un avion traverse le silence et me rappelle cette trace de doigt, cette trace de notre passage sur la poussière du temps.
Ma mère a lutté toute sa vie contre la moindre trace de poussière. Lorsque ce combat lui a paru inégal, elle est morte. Elle voulait être réduite en cendres et dispersée. Voulait elle être, enfin, la poussière féérique qui danse dans l’univers et non la femme qui, entre quatre murs, la traque ?
être la poussière plutôt que la femme…
J’aime beaucoup ce texte.
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Merci Clara ! Il a failli être sélectionné apparemment…
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