Arc-en-ciel

Le soir est entré lentement par la fenêtre –
il a dissimulé ses fines gerçures dans le sourire de la lumière –
le velours de la lampe tremble

Pose doucement ta main sur ma peau, là où tu le veux,
lisse le drap des journées heureuses, des nuits malhabiles –
que nous importe

La peau est la mémoire de l’amour,
un arc-en-ciel posé sur la mort.

Bois

Nous marchons sur l’aube aux frondaisons de marbre, nos pieds brûlés par la végétation rugueuse – verdure saccadée, peaux de salamandre accrochées aux fougères, encoches humides du sang des sacrifices – la douleur est un jeu perdu dans l’heure originelle. Pourrons nous atteindre la promesse de la clairière ?

Oraison du bois mourant aux rebords de brûlure, chuchotements des toits sur les troncs craquelés – chair consumée de nos mémoires heureuses. Peut-être sommes-nous devenus la nouvelle tourbe amoureuse du ciel.

Battements

La pluie tombe des nuits entières sur les tuiles, elle a le battement irrégulier de la douleur.
Ces larmes longtemps contenues vont dégager un ciel neuf – voilà l’espérance.
Et pourtant elle frappe les touches du piano, valse des souvenirs sur les quais humides – noirs et blancs – elle contourne les vents changeants, elle est l’orage du plaisir, elle étreint les mensonges du passé et fait son tempo de la joie.

Notre cœur s’y affole.