Dedans

1995

L’angle de tes bras dans le repos
Le jardin jaune dans l’attente et
Le parfum captif qui déborde
Le cadre, toutes les fleurs d’un songe

Espace tremblant dans les hanches,
Ta voix, lente, à chaque parole
Vin d’or, de terre et d’ombre
Cordes et chairs mêlées, dedans

Les mots, au bord de ta voix
Dans ma bouche, vibrant à mes lèvres
Les boire près de leur source

Être près de tomber
Tenir au seul souffle
Accomplir le baiser

2023

Tu t’es déshabillée à chaque heure précédant un aveu sans visage – tu n’as plus consenti
Au chaste baiser de l’attente – mes mains scrutaient dans ton sourire la ligne de ton corps nu.

Sans le vouloir, tu as désarmé ma gêne – un mot suffisait à partager ton silence –
Accrochant tes mains aux rameaux d’osier du ciel

Je suis devenu le lit de fortune sur lequel, en te couchant, tu as ouvert la nuit
Face à l’horizon et aux lointains éclairs, à
L’orée du bois de chênes verts emprisonnant dans tes bras les mots d’amour refoulés

Un souvenir : la pluie de chaudes larmes m’a surpris au milieu de l’orage, j’aimerais perdre
Encore la vie dans le souffle uni à tes cris

4 réflexions sur “Dedans

  1. L’été est l’écrin parfait pour ce très sensuel poème qui nous entraîne sans difficulté dans la quiétude d’un jardin un peu caché propice à l’exaltation des sens. Nous nous glissons avec volupté dans le coin de l’alcôve, nos yeux se font voyeurs et se re-jouissent sans arrière-pensées de l’écriture lyrique de ce poème à quatre mains qui convoque l’alchimie des sens.
    Dans le premier poème, le jardin représente un protagoniste à part entière. Son caractère secret le rend propice au « repos » et à « l’attente » sereine. De même, par un effet de mimétisme, « L’angle de tes bras dans le repos » transmet l’idée que les corps des amants sont comme un jardin, un espace de quiétude favorable à l’épanouissement des sens. La voix de l’amant, décrite comme « lente, à chaque parole », est comparée à un vin précieux. Elle est un mélange d’or, de terre et d’ombre, suggérant à la fois la sublimation des sensations (or), l’aspect charnel (terre) et le mystère (ombre) du désir. Le premier poème se construit autour d’un espace clos qui reproduit et ordonne une nature sauvage et domptée. Ce jardin donne accès à un imaginaire érotique et à une idéalisation de l’amour charnel. Ce n’est pas sans rappeler la littérature courtoise et certaines œuvres comme le Décaméron de Boccace (je pense notamment à la troisième journée) ou même au Cantique des Cantiques.
    Le second poème se présente à la fois comme une réponse de l’amant et le prolongement du premier poème puisque qu’il reprend le discours poétique au moment du baiser, dernier vers du premier poème. Ainsi, le baiser devient le catalyseur du changement, le moment où les amants abandonnent les contraintes antérieures pour se livrer pleinement à leurs émotions et à leur désir. Le cadre du jardin clos et de ses fleurs est remplacé par la nature et les éléments naturels. Le poète décrit le corps de l’amante comme un paysage sauvage, grandiose, indompté : « Accrochant tes mains aux rameaux d’osier du ciel » et « L’orée du bois de chênes verts emprisonnant dans tes bras les mots d’amour refoulés ». L’amant devient le « lit de fortune » sur lequel l’amante s’allonge, ouvrant ainsi la nuit. Cette image symbolise l’union charnelle et l’exploration de l’inconnu (la nuit). Enfin, le dernier paragraphe du poème évoque un souvenir d’un orage où l’amant est surpris par la pluie de chaudes larmes. L’orage peut être interprété comme une métaphore de l’extase et de l’intensité émotionnelle que l’amant a ressenties en fusionnant avec l’amante, perdant ainsi sa propre vie dans « le souffle uni à ses cris ». Ces éléments naturels tumultueux renforcent l’idée d’une union charnelle puissante et d’un abandon total à la passion.

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    • Merci chère lectrice ! Nous avons en effet voulu ce texte beaucoup plus sensuel. Si l’érotique provençale ne croit pas -en principe- que la passion puisse survivre au « fait », l’amour partagé équivaut le plus souvent, pour les troubadours, à une bonne entente secrète et toute spirituelle, à une familiarité sentimentale: il consiste en l’union des cœurs sur le plan de la pensée. Mais, comme l’écrit René Nelli dans « L’érotique des troubadours », à la fin du XIIIe siècle, on commence à admettre que le « joi » (joie exaltante causée par l’amour pur des troubadours), si épuré, peut s’accommoder de « l’acte » dans le cas où la passion a été fortement idéalisée, c’est à dire quand sa prééminence a été antérieurement sauvegardée. C’est ainsi que le roman « Flamenca » (roman en langue occitane du début du XIIIᵉ siècle rédigé par le troubadour Daude de Pradas) résoud la contradiction qui pesait, depuis les origines, sur l’amour provençal. Toute maneuvre érotique perd son caractère charnel quand le « joi » s’est fait le garant de sa pureté. De là à admettre que l’acte lui même pourrait être innocenté par un tel « joi » purificateur il n’y avait qu’un pas à franchir et il fut vite franchi. Au temps de Flamenca il était dans l’ordre des choses et dans la logique même de cette érotique, que l’amour reprit possession de tout son domaine et que le « joi » régnât maintenant sur tout le décours de la passion, de l’énamourement à l’acte qui ne le tuait plus. Après avoir été une jouissance épurée, le « joi » épurait la jouissance.

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