Danses des lèvres. Soupirs des mains. Battements souples du bonheur. Instants perdus.
Entrer dans les draps, dans les bras des hommes – force partagée – prendre leur sexe, entrer avec eux dans mon corps – leur dévoiler le plaisir intime, et peut-être le leur rendre.
Parcourues les nuits à rebours. Traversées une à une les heures dures de l’enfance. Repoussées les terreurs derrière les battants de fenêtres restés clos : j’ai été volontaire.
Garder le premier amant du jour. Sur ton corps, aurais-je pu faire un seul fleuve de mes deux vies ?
Comme on voudrait être le seul fleuve d’amours?
Je ne crois pas, non…
Alors, laissons large l’estran!
Merci, chère Aline, pour tes mots de grande sensualité.
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Merci chère Geneviève !
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Très beau poème, Aline. J’en prends une douzaine de cette qualité-là, quand tu veux, pour Possibles. Bon dimanche,
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Merci beaucoup Pierre. Quel beau défi ! Bonne nuit.
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Ce poème se démarque un peu de l’ensemble des écrits antérieurs par son vocabulaire, sa syntaxe et par le regard porté sur la relation entre l’homme et la femme, moins passionné, plus intimiste.
Le texte navigue habilement à travers les différentes périodes de l’existence de la narratrice, avec une structure narrative non linéaire. Il explore le contraste entre les nuits difficiles de l’enfance, et les nuits actuelles de plaisir charnel partagé, une opposition entre le présent et le passé, entre le plaisir et la souffrance, entre la volonté et la fragilité, qui est un thème central du poème. La succession de verbes à l’infinitif mettant en avant la maîtrise de sa vie actuelle, par opposition à la succession de participes passés qui illustrent le caractère subi des longues nuits de son enfance renforce la dichotomie entre le passé et le présent, soulignant le pouvoir que la narratrice semble avoir acquis sur sa propre histoire.
La dernière strophe semble être une remise en cause de l’illusion du contrôle. La narratrice se demande si elle peut réunir ses deux vies, celle d’avant et celle d’après, celle de l’enfant et celle de l’adulte, si elle peut se reconnaître dans le regard de ce « premier amant du jour », si elle peut lui offrir son intimité sans se perdre elle-même. C‘est ce que semble évoquer la question finale sur la possibilité de faire un « seul fleuve » à partir de deux vies. Ses différentes expériences peuvent-elles se rejoindre pour former un tout cohérent ? John Locke (un philosophe anglais du XVIIe siècle) a relié l’identité et la mémoire. Pour lui, l’identité personnelle se définit comme la conscience de soi. Ce qui fait que je suis moi, c’est que je me souviens de mes expériences passées et que je me projette dans l’avenir. L’identité personnelle n’est pas liée au corps, ni à l’âme, mais à la mémoire. Ainsi, si je change de corps, mais que je conserve ma mémoire, je reste la même personne. Si je perds la mémoire, je perds mon identité.
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Chère lectrice, merci de revenir commenter et donner votre lecture de nos textes ! Oui, cette opposition ou plutôt ce lien entre la volonté et la fragilité est un des thèmes centraux du poème. Pouvons-nous acquérir un pouvoir sur notre propre histoire ? C’est une question bien difficile n’est-ce pas ? Et quelle terrible (et belle) vision de John Locke sur le lien absolu entre l’identité et la mémoire.
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