Absence

Je ne suis plus là mon ange, je me suis absenté. Tu n’as plus pour sentir ma présence que la caresse froide d’un souvenir. Ton dernier sourire m’a glacé : tu as noyé l’enfant qui voulait marcher avec toi dans le ciel. Il reste au fond de l’eau les ombres de nos corps faisant l’amour contre le courant qui t’a emporté.

4 réflexions sur “Absence

    • Merci pour ce commentaire, car, oui, il y a la nostalgie d’un amour perdu (voire de plusieurs), et celle de celui que l’on était pendant et avant la passion.

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  1. Le poème « Absence », bien que très court, se révèle complexe et énigmatique. Si au premier abord le langage apparaît transparent, porté par des mots simples, une lecture plus attentive en dévoile toute la richesse symbolique. En effet, le poème se prête à différentes interprétations, qui loin de se contredire enrichissent la compréhension du thème central de la perte auquel tout être humain est confronté. Perte de l’être aimé, perte de l’innocence, perte d’une illusion, perte d’une époque révolue.

    La seconde force du poème réside dans sa capacité à provoquer un impact émotionnel sur le lecteur. Par l’utilisation de la première et de la seconde personne du singulier, le lecteur s’identifie au narrateur et se trouve ainsi directement confronté à la douleur et aux sentiments de ce dernier. En outre, le processus d’empathie est accentué par le choix minutieux des mots et par un rythme lent et pesant qui donne aux mots une gravité et une profondeur tout en soulignant l’aspect tragique, irrémédiable de la situation vécue par le narrateur. Le poème se distingue par la manière dont le narrateur exprime les changements profonds qui s’opèrent en lui et les sentiments intenses qui le submergent après la disparition de l’être aimé. Et pour cela, le narrateur effectue renversement symbolique des rôles. L’être aimé disparu, bien que physiquement absent devient présent, omniprésent dans les pensées et les souvenirs du narrateur, tandis que ce dernier se sent effacé : « je ne suis plus là mon ange, je me suis absenté », « tu n’as plus pour sentir ma présence que la caresse froide d’un souvenir ». Le narrateur n’est plus qu’un souvenir fantomatique hantant le présent. Le vocabulaire employé évoque la mort, le froid, soulignant l’absence et l’effacement progressif de son être. Cette impression est accentuée par le contraste entre deux champs lexicaux : d’un côté la mort et le froid, et de l’autre, l’amour, la douceur et la sensualité. Ce contraste se traduit par des expressions oxymoriques comme « caresse froide d’un souvenir » ou « ton dernier sourire m’a glacé ». En outre, l’utilisation de la négation « plus » à deux reprises souligne la disparition irrémédiable du passé et la rupture cruelle avec le présent. Le narrateur exprime sa douleur à travers un vocabulaire affectueux et doux (« mon ange ») lorsqu’il s’adresse à la personne disparue, renforçant le contraste et la perte ressentie.

    De plus, toujours dans la logique du renversement symbolique, le narrateur montre comment il a cessé de vivre avec la disparition de l’être aimé dans l’expression « ton dernier sourire m’a glacé ». L’adjectif « glacé » renvoie à la fois au froid physique et au froid émotionnel, soulignant le figement du narrateur. Ce « sourire glacé » devient un symbole de la mort de l’être aimé et de la mort intérieure du narrateur. Il exprime l’effroi et la douleur ressentie face à la perte et à l’absence. 

    Il est possible d’interpréter le poème comme une métaphore de la perte de l’innocence et de l’abandon. « Tu as noyé l’enfant qui voulait marcher avec toi dans le ciel » peut être lu comme une accusation envers l’être aimé, qui a brisé le rêve du narrateur. Elle peut aussi refléter la douleur du narrateur face à la perte de son innocence et de ses illusions. L’image de l’enfant qui voulait marcher avec l’ange dans le ciel représente le désir avorté d’une relation idéale, pure, fusionnelle avec l’être aimé. L’utilisation du verbe « noyer » est particulièrement forte et suggère une violence symbolique. Le ciel, symbole de l’idéal et de la pureté, devient inaccessible avec la perte de l’être aimé. Cette perte condamne le narrateur à une mort symbolique, le privant de l’espoir et de la lumière. Il se retrouve piégé entre deux infinis désormais inatteignables. L’eau, symbole du passé, représente le monde d’où il a été expulsé. Seules les ombres de leurs « corps faisant l’amour » subsistent, comme un souvenir fantomatique d’un bonheur perdu. Le ciel, symbole de l’avenir, qui représentait un but, une aspiration vers un bonheur est désormais impossible. Le narrateur est bloqué entre deux infinis. Il ne peut ni retourner dans le passé ni avancer vers l’avenir. Il est hanté par le souvenir de l’être aimé et par l’impossibilité de retrouver l’innocence et la pureté du passé. Son existence est désormais figée dans un présent stérile, marqué l’absence et le regret.

    La perte de l’être aimé a brisé son existence, le laissant errer dans les limbes du souvenir et du regret.

    Ce poème se distingue par sa tonalité profondément sombre et pessimiste. Contrairement à « Poisson-Froid » qui laisse entrevoir une lueur d’espoir, ce poème ne propose aucune échappatoire au désespoir du narrateur. Sa fin abrupte accentue le sentiment d’impuissance du lecteur, témoin de la chute du narrateur dans le néant.

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    • Merci chère amie pour cette longue interprétation du texte. Les souvenirs douloureux sont souvent comme des bulles qui éclatent longtemps après les ruptures, les abandons, les chagrins d’amour. Et qui ne cessent d’éclater sous différentes formes. La version longue de cette histoire existe…

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