Le recueil Le Divan Double, publié par les éditions Unicité en juin 2024 dans la collection Chantelangue & Compagnie dirigée par Laurent Desvoux-Dyrek, est devenu un spectacle musical de l’ensemble Les Sauvages, spécialisé dans le répertoire baroque joué avec des instruments d’époque, sous la direction de Michel Viktorovitch. Les textes sont portés par la soprano Bénédicte Bezault.
Après le succès de la première représentation en janvier 2025 à Paris, puis de la seconde à Belle-Île-en-Mer dans le festival Les moments musicaux en aout 2025, il va être joué pour la troisième fois le vendredi 16 janvier 2026 au Patronage laïque Jules Vallès à Paris dans le XVe arrondissement à 20 heures.
L’ensemble Les Sauvages lors de la première représentation du Divan Double en janvier 2025. De gauche à droite Jean-Luc Bresson, Jérôme Joubert, Bénédicte Bezault, Mihel Viktorovitch, Pierre Sliosberg. Photographie de Patrick Hadjadj
Le répertoire emprunte à l’ère baroque avec des œuvres de Mealli, Biber, William Lawes, Böddecker, Bach, Marin Marais, Corelli, Vivaldi, Falconieri mais aussi Telemann et quelques surprises….
Peinture Philippe Moron
Nous serons heureux de vous retrouver à cette occasion pour fêter cette année qui commence !
Réservation sur le site du Patronage Laïque ou achat des billets sur place.
Informations pratiques : Le Patronage Laïque Jules Vallès, 72 Av. Félix Faure, 75015 Paris, France. 20h-21h15.
Métro : Ligne 8 Boucicaut Tram : T3a Balard Bus : 62, 42 Vélib Staton n° 15032
Mimoza Ahmeti, poétesse albanaise, a présenté à Paris le 5 octobre 2025 son livre de poésie Pauvres notions, publié chez L’Incertain en mai 2025. Elle a souhaité une présentation croisée avec le livre Le divan double, que j’ai écrit avec Philippe Moron, publié aux éditions Unicité en juin 2024.
Les temps de l’écriture
Mimoza a voulu que nous présentions le cadre philosophique et méthodique de nos livres et de notre poésie.
Quadrilatère irrégulier, angles que protègent Rondes tours et murailles Leurs fenêtres voyagent Aux rebords du ciel
Agrippés aux reliefs, calcaire Et galets palpitent dans la clarté Sous les doigts Vers l’entaille des fougères mousseuses
Une ouverture réservée Voute aux échos vibrants Où s’unissent Les ogives nacrées
A quoi se mesure le désir Sinon au drapeau jaune et rouge Qui claque au sommet ?
Explorer et construire l’espace intérieur D’un même mouvement Un homme le remplit mieux qu’une garnison1
Mamelles blanches, anges aux lubies Souriantes, joues scellées, poix aphrodisiaque Carmin, carmin, garance et honte Retenue, mensonges ronds ourlés de perles
Plaines et ponts, odeurs Collées aux lèvres, mains Fuyantes sous les velours, ombres Ensauvagées, morsures inavouables
Longs traits d’amer, miel et épices De chair au palais bleu, déchirure Soudaine, douleur de joie
Fièvre laiteuse aux heures Poivrées, en bordure de jour Au seuil de la nuit
Inspiré d’un vers de John Donne : « Terre Neuve ! Amérique ! ô ma possession,/Qu’un seul homme garnit mieux qu’une garnison ! » En anglais le deuxième vers est : « my kingdome, safeliest when with one man man’d ». Elegie XIX. Le coucher de sa maîtresse. Poésies Gallimard bilingue 1962. ↩︎
L’ensemble Les Sauvages lors de la représentation du Divan Double en janvier 2025. De gauche à droite Jean-Luc Bresson, Jérôme Joubert, Bénédicte Bezault, Michel Viktorovitch, Pierre Sliosberg. Photographie de Patrick Hadjadj
Le recueil Le Divan Double, publié par les éditions Unicité en juin 2024 dans la collection Chantelangue & Compagnie dirigée par Laurent Desvoux-Dyrek, est devenu un spectacle musical. Après une première représentation en janvier 2025 à Paris, il va être renouvelé et joué à Belle-Île-en-Mer pour le festival Les moments musicaux. Les répétitions ont recommencé. L’occasion de s’interroger…
Philippe Moron
A quoi servent les auteurs des poèmes lors d’une répétition ? C’est la question que nous nous posons à chacune d’elle, devant les musiciens, l’interprète, la récitante, et surtout « aux côtés » du « directeur musical », c’est-à-dire la personne à l’origine du projet musical, et qui, par le choix des partitions, des affects qui colorent (il est plus juste de dire recolorent) les vers tirés du recueil, régit et compose le spectacle. Cette question n’est pas rhétorique. Elle reflète une véritable interrogation. Quelle est notre place ? Quel est notre rôle ? Au-delà, quels sont les rôles de chacun dans la conception du spectacle ?
D’abord, de notre strapontin (métaphoriquement l’endroit que nous aurions choisi pour écouter chacun), en retrait du « directeur », nous attendons le moment de notre intervention.
Lorsque la récitante parle sur la musique, le directeur vérifie que phrasé et rythme soient calés sur les notes : c’est sa prérogative, il a arrangé leur rencontre, là où musique et voix (hors chant) pouvaient se combiner. Il a compris et interprété l’intention des auteurs, il a une idée précise de l’intonation qui en renforcera l’émotion.
Michel Viktorovitch
Parfois, d’un regard en biais, vaguement inquiet, il interroge l’un des auteurs. L’intention du texte lui échappe. L’un de nous (selon le texte) sort de l’ombre, improvise une réponse en mobilisant l’émotion qui présidât à la rédaction d’un vers, tente avec quelques images d’affermir l’interprétation. Rôle ingrat mais nécessaire, où il faut colmater une brèche avant que le doute ne s’infiltre comme un filet d’eau dans les yeux de la récitante. Plus tard, cet instant reviendra en mémoire. Que ne pouvons-nous, nous-aussi, d’un regard ou d’un filet de voix, transmettre le sentiment juste à celle qui prête ses lèvres au poème ?
Bénédicte Bezault
Aline Angoustures, photographie de Patrick Hadjadj
Parfois l’un des auteurs, Aline, rêve d’une conversation hors répétition avec la récitante, de lui conter ce très long voyage ponctué des premiers textes, le chemin de sa voix qui lui a été ainsi offert. Parfois, l’un des auteurs, Philippe, rêve d’un dédoublement, d’une récitante qui serait chanteuse, d’une chanteuse qui serait interprète, deux personnes sur scène, se regardant jouer l’une et l’autre, vivre l’émotion, le dédoublement (puisqu’il s’agit du thème du divan double), de celle qui aime et a aimé. Ainsi, la répétition devient retour, souvenir du moment de l’écriture, don d’une émotion.
Bénédicte Bezault, 28 janvier 2025, photographie de Patrick Hadjadj
Informations pratiques : festival Les Moments musicaux de Belle-Île-en-Mer, avec Stefan Cassar, Le Palais, Chapelle Saint Sébastien 45 avenue Carnot, 19 aout 2025 puis au Patronage laïque Jules Vallès, Paris XVe, 16 janvier 2026.
« Le divan double » m’accompagne partout. Il est devenu, depuis sa découverte récente, mon livre de larmes et de joies. Aussi voulais je simplement vous remercier de m’avoir précédé sur mon chemin amoureux et poétique, et, par vos mots, d’être une source où me rafraîchir et me régénérer dans ma marche. Merci. Christian
Novembre 2024
Cette envie d’écriture à quatre mains est toujours présente et a été récemment ravivée par la lecture d’un superbe recueil de poésie paru aux Editions Unicité de François Mocaer dans la collection Chantelangue & Compagnie dirigée par Laurent Desvoux-D’Yrek. Il s’agit d’un échange de suc érotique entre Aline Angoustures et Philippe Moron, intitulé Le divan double. En introduction de leur ouvrage commun on peut lire cette citation de Roland Barthes : » Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l’autre. C’est comme si j’avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots « . Anne Vassivière. It takes two to tango
Septembre 2024
Ce recueil érotique à quatre mains est si beau qu’il est difficile de commenter et même de sélectionner des textes. Chaque vers est à peser. Tout est chaleur et sensualité. Nous sommes en pleine passion amoureuse. C’est la danse du désir mais aussi la passion de l’écriture. Citons, comme dans la préface, Roberto Juarroz : tout amour est le premier », et nous serons dans la vérité de cet ouvrage. France Burghelle Rey
A découvrir ! L’intensité mise en mots par Aline Angoustures et Philippe Moron. Delphine Burnod.
Vous aimez la poésie érotique, courtoise, écrite à quatre mains ? Lisez Le divan double d’Aline Angoustures et Philippe Moron…Les deux premiers poèmes (reproduits) sont écrits par Aline Angoustures. Le deuxième (Blanche) qui évoque l’absence et l’attente a la forme d’un sablier ! Les suivants sont des poèmes en miroir: dans le premier extrait la réponse est différée (poème de 1998, réponse en 2023), dans le deuxième extrait, les poèmes sont écrits dans la même temporalité. Laurence Fritsch
Juillet 2024
Respectivement historienne de formation et ingénieur électro-acoustique, Aline Angoustures et Philippe Moron ont croisé la plume à travers un volume sensible et sensuel, sans vulgarité aucune. Étienne Ruhaud pour Actualitté.
A propos de « Théorème de l’inachèvement » de Christophe Condello.
Christophe Condello nous a fait l’honneur de nous transmettre son très beau recueil, dont le titre fait référence à la propriété d’une théorie comprenant une formule qui ne peut être formulée, vérifiée. Cette formule est-elle la mort, ou, comme le dit l’auteur en citant Aristote, l’essentiel en toute chose, la fin ? Cette référence, placée juste avant le dernier poème dédié à son père, « parti trop tôt » comme l’écrit Christophe Condello, répond comme en écho à la citation de Leonard Cohen placée au début du recueil « Il y a une fissure en toute chose c’est ainsi qu’entre la lumière ».
Nos pas disparaissent à l’aplomb de notre ombre, ils se prolongent sous les feuilles dans un espace de mots en partance
Sous mes doigts, l’écorce de tes errances; elle écorche ma main qui s’abandonne, j’ai la peau douce comme l’eau
Travelling, la marche n’accompagne plus les mots d’amour, une mélodie prend leur place, pulsation d’un cœur à la recherche de ce qu’était le cœur, métronome de tes pas en moi
Je sens le tourbillon du vide se reformer dans les creux de mon corps. J’évacue les vibrations molles des paroles des rues. Mes pas sont des pensées usées – les noms propres sont tenus à la distance d’une langue inconnue. Maladie ou repos, je ne décide pas le terme de la vacance. Je subis le jeûne de mon esprit avec angoisse.
Jeûner sous le regard étrange de l’instant – herse froide qui rappelle les heures fermées, l’attente d’un geste, d’une pensée, d’une éclosion intime, d’un mot d’amour. Jeuner pour se rappeler les émotions nues, abandonner les masses fauves : le délire quotidien n’est pas incolore, il palpite de milles vies perdues.
Et marcher jusqu’à la dispersion (de soi).
À chaque pas son parfum, sa mélodie : les bruits sont des conversations entre fantômes, les sons des mensonges habillés de raison.
Là-haut, près de la fenêtre, les branches du faux-acacia tordues comme des torches dans l’air du soir. Une ombre s’élève en torsades laineuses vers les oiseaux qu’elle affole. Des images se dédoublent, aplaties dans l’âme du temps en feu. Ce n’est pas la fumée qui fait pleurer les yeux, mais la chaleur qui monte par bouffées incohérentes.
Flamber, encore, sans détruire le visage, se consumer à l’intérieur en laissant son cœur froid comme la cendre. Bientôt l’arbre roux retrouvera la tourbe du jardin : si le ciel devient bleu, je regarderai le monde chuter ; je foulerai la terre de mes pieds nus si la forêt, en moi, pousse.
Nos corps, eux, se passent de mémoire. Ils savent, dans le noir, marcher dans le présent.