Cette nuit, je me suis allongée contre un récif Quel était cet objet entré dans ta poitrine ? Avions-nous oublié le compte des années ? Qui de nous ou du monde allait disparaître demain ?
Cette nuit, j’ai été de garde auprès de la mort Mes ailes étaient sagement repliées Et l’horizon déchiqueté par une ligne de crête Aussi acérée et nue que notre dernier état
Au réveil, mes bras ont rassemblé Ce qui s’était dispersé L’odeur de ta vie et celle du monde autour de nous
J’ai posé au bord du lit Une flamme brûlante de pétales Pour vivre après
Et vint l’ivresse d’une naissance. Du coup, du contre-coup la vie a tremblé. Doute d’être né du présent, Redondance des sensations nocturnes, La peur suinte de chaque regard appuyé sur les vastes lits du monde.
Quand je serai à l’heure présente, Je nommerai les choses. Je n’aurai plus à chasser leurs ombres Par la fissure de mon être.
Êve sera (enfin) rêveuse, Elle nommera la nuit qui vient et qui va Dans le clair-obscur de la maison commune.
La poésie voyagera sans bagage Dans l’univers de la pensée.
Anne Vassivière est autrice, notamment de savoureux livres érotiques et d’une des nouvelles de l’ouvrage collectif Hold Up 21 (Éditions Anne Carrière) dans lequel 20 femmes et une photographe unissent leur regard pour valoriser désir et plaisir dans le féminisme. Elle rend ici hommage à notre recueil, avec l’humour et le talent pour évoquer l’intime qui la caractérisent. Ecrire, à deux ou seule, un parcours à lire ! Et un grand merci.
Puisque la frontière brisée du Léman Lisière lacustre du temps Retient l’écho de pas anciens Entre les quais de molasse grise
Puisque le bleu du Rhône et le limon de l’Arve Sous les arches de ce pont redeviennent glacier Marbre iridescent des tombes pour celle qui a Posé son manteau, et sauté
Puisque je reconnais mes bras Dans les nouveaux roseaux du Rhône Barrières d’un ancien vertige Retenir le corps qui fut ma demeure
Pincements arrondis, cordes tendues, guitare guitare, timbres forcés aux désaccords – mélodies désenchantées – corps fertiles de cuivre et de bois, lits fluides sur les herbes volantes.
Lancer entre tes lèvres mes blanches doléances rumeurs acides qui gagneront ton cœur jusqu’au terme du saignement.
Le ou les rythmes – quelque chose frappe chacun de nous dans les grincements de l’air, sommes-nous à l’aube des ports ? – sonorité des voyages sur les bateaux peints d’acier, rappellent les cris que nous avons retenu (avant ce que tu sais).
Saigner pour disperser en soi la lumière qui sèche en myriades de feuilles sur la peau, étoiles d’ici, intimes à notre nature de pluie chaude.
Je cueille les mots avant de les entendre Aux commissures de tes lèvres Pour ne perdre rien, pour n’oublier Rien de ce qui vibre longtemps Pour gouter cette phrase Feuille à feuille Pour inventer le temps Le temps de l’enfance toujours si long devant Pour que tu ries de mes efforts –Ton rire est une portée de notes Une chanson qui bat sous ma peau
Philippe Moron et Aline Angoustures. Crédit photographique: Laurent Montserrat
Nous avons été invités à parler de notre recueil Le divan double, par le poète Pascal Payen-Appenzeller, dans une des rares émissions de poésie sur les ondes « Promenade et flâneries au domaine de poésie », sur Radio Courtoisie.
L’émission est diffusée en direct demain 16 août à 10 heures, rediffusée le 17 août à 6 heures et le 19 août à 14 heures. Vous pouvez l’écouter en cliquant sur le lien du direct ou sur les boutons ECOUTEZ EN DIRECT ou POPUP en haut de toutes les pages du site de Radio Courtoisie. Vous pouvez ensuite l’écouter en podcast gratuitement pendant une semaine. Sur les ondes, on peut l’écouter sur la bande FM ou en DAB+ sur les fréquences suivantes : Paris et Île-de-France : 95,6 ou canal 6D en DAB+ ; Caen : 100,6 ; Chartres : 104,5 ; Cherbourg : 87,8 ; Le Havre : 101,1 ; Le Mans : 98,8.
Au cours de cette émission, ponctuée de nombreuses lectures, Pascal Payen-Appenzeller nous a fait le grand honneur de lire en direct un poème qu’il a écrit pour nous. Vous retrouverez ici, avec son accord, ce poème et nos deux réponses.
La nuit dernière tout le visage est venu dans le miroir La bouche s’est mise à parler pourquoi ne pas lui confier tes baisers et le miel récolté lèvres à lèvres Les oreilles ces doux coquillages des poètes et leurs princesses sont posés à l’entrée du monde où nous entrons pour prier ces six parfaits bénitiers pleins d’eau de vie La langue attend son heure celle du désir que nous offrons et pourquoi attendre depuis l’oubli des épaules les nuques aux cheveux follets sont moins printanières et pourtant en ce temps j’y vois fleurir les coquelicots me permettras-tu de pénétrer jusqu’à l’entrée des gorges que nous aimons gorge de la voix gorge des colliers je me suis placé à l’horizon de tes yeux pour y rejoindre tes pensées et les secrets qui n’appartiennent pas même au poète ou à la voix et maintenant je peux laisser la parole faire silence.
A toi pascal
L’horizon du divan est celui du vide le trajet de l’absence j’y étais adossée au miroir – les secrets, dit-on, ne se formulent qu’à ce prix. Le poème naissait dans mes pas corde vibrante dans la gorge tresse serrée de mots glissants sur les épaules recherche sans fin de ce qui, seul, garde la vie et manquait si absolument – le désir. A qui, désormais, l’adresser ? il se fait murmure dans les bénitiers il bat sous les pétales d’un coquelicot – pour demeurer dans le présent, je dois pouvoir le dire encore. Ton regard l’a croisé alors il est possible de faire du silence une dédicace.
Aline
À quel silence laisser la place maintenant ? Et à quelle parole ? Les secrets du poème, dis-tu, n'appartiennent pas au poète. Lui leur laisse une voix posée sur l'horizon d'une pensée, celle des yeux fous quand la langue du désir attend son heure. Là, dis-tu, les nuques aux cheveux follets. Ici, les coquillages, et les coquelicots fleuris sur les joues rondes du printemps. Plus près, les gorges des colliers de chair, les oreilles des fées, et des princesses. Des bénitiers l'eau coule sur les corps amoureux Je fais, en cet instant, chemin inverse pour être dans ton présent – les fantômes se taisent le temps d'une conversation. Présent ? N'est pas ce que tu nommes existence ? N'as-tu pas misé sur lui chaque atome de ta peau ? Ton seul pari pascalien. Tu connais le coût de la nuit. Dans le miroir que tu traverses, lèvres à lèvres, tu en as vu tout le visage, tu l'as chanté.
Philippe, ballade pascalienne
Nous remercions vivement Pascal Payen-Appenzeller pour son invitation, notre éditeur, François Mocaër, pour l’envoi de notre recueil à Pascal Payen-Appenzeller et Laurent Desvoux-D’Yrek pour son soutien.
Petite précision : l’émission de Pascal Payen-Appenzeller est poétique et non politique et, nous situant dans cette perspective, notre participation n’indique – ou n’indiquerait dans une station à la ligne éditoriale différente ou opposée – aucune prise de position de nature politique.