Effluve

La vie m’est tombée des mains
Pareille à ces objets qui m’échappent
La conscience de la fin
S’allonge à mes côtés

Mais la douceur des draps
Me rend, dans un froissement
L’odeur de ton amour
Cette eau de toi en moi

Dans cette odeur je me borde
Éphémère mémoire
Elle se mesure à ce qui fuit

Dans mes paupières tremble
La fleur carmin
Parfumant le sommeil

Draps

1992

Déchirure dessous mes doigts
Qui te cherchent
Dans l’ombre d’une armoire
Des draps pliés
Avec l’odeur des fleurs séchées

2022

Les ombres sur les draps roulent dans les talwegs du soir où les amants, après l’échauffourée sur l’herbe humide, ont repris leur souffle et fermé les yeux, puis se sont réveillés, à flanc de nuit, surpris une fois encore d’être seuls sur terre, comme si leurs âmes refroidies avaient touché le ciel pour se séparer ou pour s’étreindre encore. Je sens la morsure de ton absence sur le bout de mes doigts.