Nos pas disparaissent à l’aplomb de notre ombre, ils se prolongent sous les feuilles dans un espace de mots en partance
Sous mes doigts, l’écorce de tes errances; elle écorche ma main qui s’abandonne, j’ai la peau douce comme l’eau
Travelling, la marche n’accompagne plus les mots d’amour, une mélodie prend leur place, pulsation d’un cœur à la recherche de ce qu’était le cœur, métronome de tes pas en moi
Marcher
Je sens le tourbillon du vide se reformer dans les creux de mon corps. J’évacue les vibrations molles des paroles des rues. Mes pas sont des pensées usées – les noms propres sont tenus à la distance d’une langue inconnue. Maladie ou repos, je ne décide pas le terme de la vacance. Je subis le jeûne de mon esprit avec angoisse.
Jeûner sous le regard étrange de l’instant – herse froide qui rappelle les heures fermées, l’attente d’un geste, d’une pensée, d’une éclosion intime, d’un mot d’amour.
Jeuner pour se rappeler les émotions nues, abandonner les masses fauves : le délire quotidien n’est pas incolore, il palpite de milles vies perdues.
Et marcher jusqu’à la dispersion (de soi).
À chaque pas son parfum, sa mélodie : les bruits sont des conversations entre fantômes, les sons des mensonges habillés de raison.
Feu
Là-haut, près de la fenêtre, les branches du faux-acacia tordues comme des torches dans l’air du soir. Une ombre s’élève en torsades laineuses vers les oiseaux qu’elle affole. Des images se dédoublent, aplaties dans l’âme du temps en feu. Ce n’est pas la fumée qui fait pleurer les yeux, mais la chaleur qui monte par bouffées incohérentes.
Flamber, encore, sans détruire le visage, se consumer à l’intérieur en laissant son cœur froid comme la cendre. Bientôt l’arbre roux retrouvera la tourbe du jardin : si le ciel devient bleu, je regarderai le monde chuter ; je foulerai la terre de mes pieds nus si la forêt, en moi, pousse.
Nos corps, eux, se passent de mémoire. Ils savent, dans le noir, marcher dans le présent.
Écho

Je suis fière et émue de vous annoncer que mon premier roman vient de paraitre aux éditions L’Incertain. Sur le site de l’éditeur vous trouverez la quatrième de couverture.
Quelques informations supplémentaires sur ce livre : le personnage central est une femme aux prises avec ses difficultés de mère. Elle fuit avec une amie, se réfugie dans un paquebot immobile et elles revisitent leurs vies. Et la nôtre. Une histoire qui passe par les rues de Téhéran, l’islamisme, le cannabis surdosé en THC, la génération Z, les traumatismes générationnels … Entre rires et larmes, j’espère qu’il vous embarquera !
Il est en vente en ligne sur la librairie BoD (où vous pouvez aussi feuilleter les premières pages), et les autres plates-formes ainsi que (sur commande) chez votre libraire préféré !
N’hésitez pas à commenter et me faire des retours. S’il vous plait, parlez en autour de vous. Un livre existe par ses lecteurs…
La joie
« La joie serait ta phrase… »
Elle ne dit rien de plus
Elle s’est déshabillée en regardant ma bouche
Elle attire à elle mes mains
La chaleur tape doucement sur la vitre
La joie serait…
La phrase n’a plus besoin de mot
Elle est la feuille silencieuse de la lumière
Jaune
Cobalt le pas et l’instant, la distance entre nous abolie, l’arborescence du ciel que j’embrasse quand je m’adosse à toi
Jaune d’or l’odeur qui ressuscite, étamine de joie entre mes mains, feuilles de pluie sur mes seins
Indigo le timbre qui vibre entre nous, réfraction de l’ivresse, écho des nuits que nous avons vaincues
Blonde la lumière salée couchée sur la peau des amants endormis l’un à l’autre
Pas de porte
Dans l’arbre se mesure la maison, j’y cueille le silence, mots absents, feuilles noircies avant tout printemps
Le pas de la morte est resté devant, figé dans une ancienne boue, trace décomposée d’une violence
J’ai conservé des chapelets de perles bleues, ils psalmodient le ciel de l’espérance
Un souvenir est perché sur le toit, le hululement de la nuit nous attend.
Demain
Je vois tomber lentement la robe de toujours, je demeure nue, marionnette usagée, blessée par les caresses impatientes
La silhouette qui répond à mon nom s’éloigne, elle traque la source du torrent, ses pas sont ceux du temps
Naissance, partance, désespoir doux des hymnes de la chair. L’aube viendra affleurer les gestes courbes que le froid n’abolit plus.
Quelle comédie de ma vie ai-je joué jusqu’au bout, avec sur la langue le goût salé de ceux que j’ai aimés ?
Pourtant, je suis vivante jusque dans le creux liquide de la tombe.
Fil
Où ai-je laissé le fil de la pensée ?
Des murs d’eau ont remplacé l’espace
où les mots chuchotaient.
La mer, le ciel, le vent,
simples façades azur,
et l’étoile des sensations
A des relents de mort
Est-ce que la vieille tapisserie aux formules héraldiques –
chimère à sénestre, lion couché à dextre –
se laissera découdre ?
Sempiternels emblèmes, contes déréglés,
j’ai oublié la vie
dans une devise, là où
les mots descendent vers l’ombre.
Je sais la peur qui détrempe encore trop de couleurs
Adieu
Là, derrière quelques photos, dans un dossier où des mains ont placé d’autres clichés, il y a des dates, des mots pâles, des souvenirs à peine plus gros que la tête d’épingle qui perfore la chair à l’intérieur de l’âme, en laissant, sur les pommettes, quelques lignes de sang. Les doigts cherchent à retenir un sourire que le papier absorbe, les yeux, autrefois gênés de regarder ceux qui les regardaient, restent fixés dans le vide d’un éclair de xénon.
Les lèvres tremblent un peu dans l’air du soir. Les pieds se sont glacés. Le front est chaud de l’évaporation de la mémoire quand les mains cherchent d’autres images, celles que l’on a perdu derrière le rideau écarlate du temps.
La paix n’a pas de présent. Elle dort sous les baisers, les fleurs salées de la houle, les fumées de bateaux.