Je serai présente, avec d’autres auteurs des éditions Unicité et l’un des directeurs de collection, Étienne Ruhaud, à la Lucarne des écrivains mercredi 11 décembre à 19h30 pour parler littérature et poésie autour de nos ouvrages. Merci à François Mocaër, le directeur de la maison d’édition, à Laurent Desvoux D’Yrek notre directeur de collection, à Armel Louis, qui dirige la librairie et à Étienne, dont je reblogue l’annonce. Venez nous écouter et échanger avec nous !
Après
Cette nuit, je me suis allongée contre un récif
Quel était cet objet entré dans ta poitrine ?
Avions-nous oublié le compte des années ?
Qui de nous ou du monde allait disparaître demain ?
Cette nuit, j’ai été de garde auprès de la mort
Mes ailes étaient sagement repliées
Et l’horizon déchiqueté par une ligne de crête
Aussi acérée et nue que notre dernier état
Au réveil, mes bras ont rassemblé
Ce qui s’était dispersé
L’odeur de ta vie et celle du monde autour de nous
J’ai posé au bord du lit
Une flamme brûlante de pétales
Pour vivre après
Ivresse
Et vint l’ivresse d’une naissance.
Du coup, du contre-coup la vie a tremblé.
Doute d’être né du présent,
Redondance des sensations nocturnes,
La peur suinte de chaque regard appuyé sur les vastes lits du monde.
Quand je serai à l’heure présente,
Je nommerai les choses.
Je n’aurai plus à chasser leurs ombres
Par la fissure de mon être.
Êve sera (enfin) rêveuse,
Elle nommera la nuit qui vient et qui va
Dans le clair-obscur de la maison commune.
La poésie voyagera sans bagage
Dans l’univers de la pensée.
Deux
Anne Vassivière est autrice, notamment de savoureux livres érotiques et d’une des nouvelles de l’ouvrage collectif Hold Up 21 (Éditions Anne Carrière) dans lequel 20 femmes et une photographe unissent leur regard pour valoriser désir et plaisir dans le féminisme. Elle rend ici hommage à notre recueil, avec l’humour et le talent pour évoquer l’intime qui la caractérisent. Ecrire, à deux ou seule, un parcours à lire ! Et un grand merci.
Genève
Puisque la frontière brisée du Léman
Lisière lacustre du temps
Retient l’écho de pas anciens
Entre les quais de molasse grise
Puisque le bleu du Rhône et le limon de l’Arve
Sous les arches de ce pont redeviennent glacier
Marbre iridescent des tombes pour celle qui a
Posé son manteau, et sauté
Puisque je reconnais mes bras
Dans les nouveaux roseaux du Rhône
Barrières d’un ancien vertige
Retenir le corps qui fut ma demeure
Puisque Genève
Jazz
Pincements arrondis, cordes tendues, guitare
guitare, timbres forcés aux désaccords – mélodies
désenchantées – corps fertiles de cuivre et de bois,
lits fluides sur les herbes volantes.
Lancer entre tes lèvres mes blanches doléances
rumeurs acides qui gagneront ton cœur
jusqu’au terme du saignement.
Le ou les rythmes – quelque chose frappe chacun de nous
dans les grincements de l’air, sommes-nous à l’aube des ports ? –
sonorité des voyages sur les bateaux peints d’acier, rappellent
les cris que nous avons retenu (avant ce que tu sais).
Saigner pour disperser en soi la lumière
qui sèche en myriades de feuilles sur la peau,
étoiles d’ici, intimes à notre nature de pluie chaude.
Rien
Je cueille les mots avant de les entendre
Aux commissures de tes lèvres
Pour ne perdre rien, pour n’oublier
Rien de ce qui vibre longtemps
Pour gouter cette phrase
Feuille à feuille
Pour inventer le temps
Le temps de l’enfance toujours si long devant
Pour que tu ries de mes efforts
–Ton rire est une portée de notes
Une chanson qui bat sous ma peau
Réveil
Au réveil
L’émission reprend
Le filet de bruit
Comme un filament qui grésille
Dans la tête
L’eau de la rivière coule
Sur le lit rocailleux
Présence obsédante
Ni à l’extérieur, ni à l’intérieur
Soi vaguement
Dans le flux du monde
Pointe avancée de la vie
Qui souffre sans passé
Et se tait
Dans un murmure.
Séparation
À l’heure grave de la séparation,
nous avons souri,
regardant un instant,
le soir tombé sur le ciel
comme un jouet d’enfant renversé.
Nous nous sommes embrassés,
dans la bouche, toujours nue,
la première sensation,
j’ai respiré tes cheveux
pour en garder l’odeur de boucles.
Quand j’ai demandé pourquoi,
tu as demandé le silence,
une autre manière d’aimer,
la distance des corps
comme une promesse.
Il y a ici quelques rues
menant à nos retraites
de pierre et de ciment,
quelques lignes offertes
à l’ennui.
Ce soir, nous avons souri
en nous séparant,
à la main chacun pour soi
une chandelle.
Effluve
La vie m’est tombée des mains
Pareille à ces objets qui m’échappent
La conscience de la fin
S’allonge à mes côtés
Mais la douceur des draps
Me rend, dans un froissement
L’odeur de ton amour
Cette eau de toi en moi
Dans cette odeur je me borde
Éphémère mémoire
Elle se mesure à ce qui fuit
Dans mes paupières tremble
La fleur carmin
Parfumant le sommeil