Adieu

Là, derrière quelques photos, dans un dossier où des mains ont placé d’autres clichés, il y a des dates, des mots pâles, des souvenirs à peine plus gros que la tête d’épingle qui perfore la chair à l’intérieur de l’âme, en laissant, sur les pommettes, quelques lignes de sang. Les doigts cherchent à retenir un sourire que le papier absorbe, les yeux, autrefois gênés de regarder ceux qui les regardaient, restent fixés dans le vide d’un éclair de xénon.

Les lèvres tremblent un peu dans l’air du soir. Les pieds se sont glacés. Le front est chaud de l’évaporation de la mémoire quand les mains cherchent d’autres images, celles que l’on a perdu derrière le rideau écarlate du temps.

La paix n’a pas de présent. Elle dort sous les baisers, les fleurs salées de la houle, les fumées de bateaux.

Adieu

mort-lattaignant

L’abbé de Latteignant et la mort, Journal Épicurien
Défendre le bien manger, le bien boire et le bien vivre 

 

Je ne suis pas la seule en ce moment à avoir le sentiment de l’imminence d’une catastrophe, ou plus simplement à lire souvent des menaces de mort. Pour faire un pied de nez et tenter de sourire, j’ai donc choisi un poème sur les adieux au monde de l’abbé Gabriel-Charles de Lattaignant, dont j’avais déjà publié un poème à propos du mot Chose.

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