Dedans

1995

L’angle de tes bras dans le repos
Le jardin jaune dans l’attente et
Le parfum captif qui déborde
Le cadre, toutes les fleurs d’un songe

Espace tremblant dans les hanches,
Ta voix, lente, à chaque parole
Vin d’or, de terre et d’ombre
Cordes et chairs mêlées, dedans

Les mots, au bord de ta voix
Dans ma bouche, vibrant à mes lèvres
Les boire près de leur source

Être près de tomber
Tenir au seul souffle
Accomplir le baiser

2023

Tu t’es déshabillée à chaque heure précédant un aveu sans visage – tu n’as plus consenti
Au chaste baiser de l’attente – mes mains scrutaient dans ton sourire la ligne de ton corps nu.

Sans le vouloir, tu as désarmé ma gêne – un mot suffisait à partager ton silence –
Accrochant tes mains aux rameaux d’osier du ciel

Je suis devenu le lit de fortune sur lequel, en te couchant, tu as ouvert la nuit
Face à l’horizon et aux lointains éclairs, à
L’orée du bois de chênes verts emprisonnant dans tes bras les mots d’amour refoulés

Un souvenir : la pluie de chaudes larmes m’a surpris au milieu de l’orage, j’aimerais perdre
Encore la vie dans le souffle uni à tes cris

Citadelle

1991

Citadelle de mots, fusion de langages, tu tournes sans cesse en toi-même les phrases douces qui bercent l’enfant immobile.

Elles l’entourent, le protègent et l’encerclent, elles déroulent avec elles le silence qu’elles remplacent autour de l’enfant, de la femme.

Tes mots ont entrouverts mes bras et mes lèvres, je me suis enivrée d’une phrase sans fin, jour après jour, louange et blessure, déferlante infinie.

Les noms que tu essaies à nos désirs muets engendrent sous ton regard cette femme qu’ils désarment et pénètrent.

2022

Je suis la citadelle dont tu souffles les échos dans la fusion des temps, hier et aujourd’hui de nouveau réunis, aussitôt séparés.

Tu tournes en nous les phrases charnelles que j’enroule autour de mes lèvres, pour te protéger de la mort et m’encercler avec lui.

Tes paroles réveillent chaque jour la blessure que nous tenons secrète, il nous écoute gémir et nous enivrer de notre gémellité fausse.

Nous devenons une femme sous son regard et ses mains, toi l’enfant douce du silence et moi la femme attentive à la berceuse oubliée.