Cirrocumulus
Goûter
Le bout de tes doigts
Soir révolu
Brûlent les derniers atomes
De peau
Vase clos des sensations
Les morts exhalent chacun
Un souvenir
L’hirondelle
Soulève la houle
Du ciel
Toi, là-haut,
Tu es le sourire
Qui va bercer la nuit
Cirrocumulus
Goûter
Le bout de tes doigts
Soir révolu
Brûlent les derniers atomes
De peau
Vase clos des sensations
Les morts exhalent chacun
Un souvenir
L’hirondelle
Soulève la houle
Du ciel
Toi, là-haut,
Tu es le sourire
Qui va bercer la nuit
Dans les nuits qui ne dorment pas
je vois ce que je ne sais pas être
Cette porte ouverte en vain
je la regarde sans faire un geste
Des papillons grisâtres se déposent sur mes paupières
des femmes en nombre sont assises sur mon cœur
Laquelle voudrais je avoir été ?
Je me suis habitué au charme de ton corps
Chacun de tes mouvements inspire la caresse
Tes gestes contiennent l’harmonie de tes joues avant la frénésie
Je regarde tes profils (les courbes que j’ai volées sur tes odeurs)
En moi montent les ondes qui dépassent ma force immédiate
Derrière se cachent les tourbillons, les spasmes du plaisir
Avec toi, j’apprends à écorcher les vagues endurcies de l’attente
Ton corps appelle l’éclat de la brûlure
Que j’ai eu tant de mal, dans d’autres sexes, à attirer sur moi
Je me suis habitué au charme de ton corps
Juste assez pour apprendre maintenant à m’en déshabituer
Demain, je serai, dans ton regard, vierge de souvenirs
En toi je veux semer le geste des agonies
Les larmes,
Songe
De notre passage,
Traversée du corps
De l’autre,
Lueur regrettée
Des aubes
Une attente,
Baiser
de l’horizon ovale,
Adieux aux gerçures
Des falaises,
Odeur de draps posée
Sur l’aurore.
Se retirer doucement, refluer, laisser quelques lignes blanches sur les pierres, le murmure des rivières, l’ancien chant de la joie.
L’ombre gagne les champs, disperse les pistils de l’enfance.
Dans notre âme, où trouver le jaune d’une voix ?
Mon regard ne peut plus croiser dans les eaux du tien, se poser comme un oiseau sur le rebord d’un balcon, regarder à l’intérieur, où se trouvent tous les objets de l’enfance: nos regards se sont fuis, comme nous avons fui la parole.
Dans ton regard, j’ai vu l’absence, j’ai vu apparaître l’absence. Pourtant, tu me diras, l’absence ne peut apparaître, elle est disparition. Pourtant, je te dis ce que je sais, l’absence a émergé dans tes yeux. Et je sais que tu l’as vu, toi aussi.
Demain, tes yeux pleureront peut-être, après les miens, ou juste avant. Ils regarderont à côté. Je me cacherai pour laisser couler les miens. J’étoufferai l’écho des sanglots.
Nous croiserons d’autre regards. Parfois, dans un miroir, des yeux se rencontrent, ou se reconnaissent. Ils se parlent.
Il me reste une question :
Qui est entré dans tes yeux pour les fermer ?

Parution de notre recueil de poésie « Le Divan Double » aux éditions unicité, dirigées par François Mocaër, dans la nouvelle collection Chantelangue & Compagnie de Laurent Desvoux-D’Yrek.
Le Divan est identifié à la psychanalyse depuis que Freud y a allongé ses premiers patients et le mot désigne aussi un recueil de poésie profane en persan et arabe. Il est, dans ce recueil, le lieu, physique et livresque, de l’amour impossible, celui qui s’exprime dans l’amour de transfert, du désir attisé par l’inaccomplissement, celui que chante la poésie courtoise et, depuis, une longue tradition de la poésie lyrique. Mais ce divan double est aussi un dialogue, un recueil à quatre mains dans lequel, à la voix féminine qui chante le désir solitaire, un autre poète, un homme, répond trente ans plus tard. Le recueil devient alors un dialogue amoureux et érotique sur l’amour, imaginé ou vécu, rêvé, impossible ou perdu. En mêlant progressivement les voix, le livre intègre leur altérité, leurs différences, différence sexuelle bien sûr, mais aussi différence de style, pour faire émerger une œuvre. Il s’agit enfin aussi d’un livre d’art, dans lequel les dessins et peintures de Philippe Moron font écho aux textes.
Parce que le rose était le mur
et le cœur des hirondelles
le vertige des nuages
Parce que le rose était sur toi
pluie de pétales emplis de la tige
feu mourant sur les lèvres de la nuit
Parce que je deviens l’origine
l’obscurité dans laquelle tu glisses
une dernière lueur, l’éblouissement
Les gouttes d’existence coulent sur la peau durcie de la nuit étoilée. Tu poses tranquillement sur mes lèvres l’odeur humide du désir dans l’attente de l’aube. Nos corps complètent le dôme ténébreux recouvrant les parfums des sous-bois où nous oublions les lumières du passé, il n’y a de vrai que tes yeux rougis de fièvre, et le vent salé plaqué sur nos cœurs. Nous apprivoisons nos forces après chaque caresse endormie.
Il y aura ce jour
il y aura la mémoire de ce jour
les heures et leurs courses de nuages
Il y aura le cœur
il y aura le cœur sans attente
le vent et son chant de feuilles
Il y aura cet été
que nous n’atteindrons pas.