La revue Miroir d’avril 2024 publie le texte que j’ai écrit sur une consigne d’écriture proposée dans les ateliers de Laura Vazquez : Écrire en s’appuyant sur les points de force éternels – avec Dorothy Allison. Il s’agissait d’écrire sur le mensonge, son cheminement et sa fin, le dévoilement. Mais, parfois, le mensonge est une absence, parfois, le dévoilement est difficile et reste dissimulé. C’est le sujet de mon texte dont voici un extrait:
À partir de l’impulsion des ateliers de Laura Vazquez, Miroir offre à lire plusieurs entrées de lecture : – par date de parution (chaque 8 du mois à 20h03 à l’exception du mois d’août) – par référence littéraire – par consigne d’écriture – par autrice ou auteur.
La revue est accessible gratuitement en ligne mais on peut acheter la version papier ici
La revue en ligne Poétisthme est publiée par une maison d’édition associative et un collectif d’expérimentation poétique. J’ai eu le grand plaisir de voir un de mes poèmes et une de mes photographie publiée dans le numéro thématique 15, consacré à « Des mots pour photographier le réel ». Une bien belle expérience, engageant, comme toujours, un dialogue avec les auteurs et, cette fois, entre photographie et poésie.
Sur la double consigne de travailler le réel et d’ « épuiser » la photographie J’ai choisi un cliché du RER, pris un jour de panne, un soir d’angoisse, un moment d’épuisement de notre réel. Le titre de mon poème est Métadonnées et hors-champ, traduisant un mouvement, d’écran de smartphone à écran de smartphone, depuis les objets et techniques qui nous portent et nous enferment, vers l’élan poétique de l’humanité.
Je vous propose de découvrir ici les autres contributions et l’ensemble de ce numéro.
Grenade (Espagne), traduction « Il y a de tout…(presque) ». Aline Angoustures, mai 2023
Je pense que vous l’avez remarqué : tout augmente. C’est l’inflation. Il devient difficile de dire avec Raymond Devos « Une fois rien, c’est rien ; deux fois rien, ce n’est pas beaucoup, mais pour trois fois rien, on peut déjà s’acheter quelque chose, et pour pas cher ». C’est ce qui m’a donné l’idée d’écrire cette petite chronique.
Le livre me fatigue, les lignes se suivent, se chevauchent, je ne saisis plus rien, je ne m’intéresse plus à l’histoire, de quoi ça parlait, au fait ? De quoi s’agissait-il ?
Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais j’ai l’impression que nous ne touchons plus que des boutons de souris, des pavés numériques, des claviers ou des écrans tactiles. Nous tapotons, nous cliquons. Il faut dire que le verbe toucher vient, parait-il, de tuchier, issu du latin populaire toccare, une formation onomatopéique, c’est-à-dire un mot créé à partir d’un son, celui du toc, suggérant l’idée de coup. Le verbe cliquer d’ailleurs est aussi issu d’une onomatopée (Et toc ! Le double clic viendrait ainsi de toc-toc ?). Toucher les écrans tactiles, cliquer sur les liens, c’est devenu notre principale activité manuelle, au point qu’il faut parfois acheter des logiciels d’automatisation des clics, outil extrêmement utile pour les jeux vidéos (je ne sais pas si vous avez vu la vitesse et la répétitivité des clics, on dirait des tics nerveux): un autoclicker peut ainsi imiter plus de cent mille clics en une seconde.
Il y a peu, j’ai trouvé dans une brocante une anthologie poétique (encore une !) de Marcel Arland publiée chez Stock en 1941. Vers la fin, un poème de Reverdy que j’avais lu et relu pendant cette longue longue période de la vie qu’est l’adolescence. Et je suis allée rechercher dans mes exemplaires d’autres textes de lui dont le titre porte ce mot: Tard.
Une animatrice d’atelier m’avait un jour suggéré un texte titré Mademoiselle Encours (c’était l’époque surannée et coupable où l’on disait encore mademoiselle). L’idée était, je crois, de me faire travailler ce qui m’empêchait de terminer un écrit. De mettre un point final. Kafka écrivit dans son journal intime : Je n’arrive à rien finir, parce que je n’en ai pas le temps et que cela urge tellement au fond de moi. Sans me comparer à Kafka, je ne peux que lui donner raison. Tout court en décalage, surtout aujourd’hui, le temps mesuré par mes divers calendriers (Outlook, gmail) et celui que mon esprit met à saisir ce que je voudrais écrire (bien que je sois passée des carnets aux mails qu’on s’envoie, voire à l’enregistreur vocal du smartphone.)
Nos phrases se lèvent. Elles sont le vent qui déplace les nuages, qui les entraînent de gauche à droite sur l’horizon. Des lignes neuves apparaissent, le grain de la falaise qui nous surplombe, la couleur mordorée du champ de ce côté-ci, l’ondulation verte des collines jusqu’au bout de ce monde. L’ombre abandonne la terre, l’ombre abandonne notre âme. Nous nous dévoilons, nous décidons, nous osons, étourdis de notre propre audace. La deuxième phrase peut alors naître. Tout le temps que la plume avancera, les nuages courrons dans le ciel. Ils seront notre paysage et nous chercherons les mots dans leurs rebords. Puis nous nous perdrons dans l’épaisseur noire des orages prochains. Notre âme se serrera. Nous nous cacherons, nous nous protégerons. Un épais silence précède le fracas de la pluie. Aline Angoustures
J’ai créé Le sens des mots en 2016. La ligne éditoriale du blog a tout de suite été de sortir du silence, des éléments de langage, des mensonges ou du brouhaha pour faire émerger le sens des mots, en poésie, en littérature et dans la société. Je me suis ambitieusement placée dans la ligne d’Albert Camus pour qui Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde.
La ligne éditoriale étant posée, le choix était de faire un article par mot et des titres d’un seul mot. Dans la rubrique poésies le mot permettait de découvrir un poème et donc un auteur ; dans la rubrique vivre.com des textes courts et personnels sur un verbe et ses évolutions, sur un ton humoristique; dans la rubrique lectures des comptes-rendus de livres éclairant le sens d’un mot ; dans la rubrique société de longs articles sur un mot d’actualité ; enfin une rubrique bref pour de très courtes chroniques et l’inévitable reblog pour diffuser des articles d’autres blogueurs.
Cette aventure m’a beaucoup appris. J’y ai surtout retrouvé des amis poètes ou écrivains, rencontré des poètes, des auteurs, des débatteurs et enfin des amis et je veux ici rendre hommage à des blogueurs qui sont devenus très vite des amis réels et non seulement virtuels : Cincinnatus, Pierre Yves, Mots surannés, furent les premiers et il y en a tant d’autres. Merci à eux et à tous ceux qui me « suivent » comme on dit ici…
Le blog a repris depuis 2022 et nous sommes désormais deux à le tenir. Je m’appelle Aline Angoustures, je suis femme de papier, historienne, archiviste et, en parallèle de ma vie professionnelle, j’écris de la poésie et de la fiction depuis longtemps. J’ai publié des poèmes en revue, et des nouvelles. Philippe Moron est ingénieur et, en parallèle de sa vie professionnelle, a suivi une formation d’arts plastiques en Allemagne pendant sept ans et écrit de nombreux textes de fiction. Nous avons commencé à travailler ensemble par la relecture mutuelle de romans en cours, activité qui se poursuit mais à laquelle s’est ajoutée l’écriture de poèmes à quatre mains.
Aline Angoustures et Philippe Moron
Cette complicité nous a conduit à reprendre le blog ensemble. Sa ligne éditoriale est resserrée autour de la poésie, notamment à quatre mains (rubriques Miroirs et Poésie), et de l’écriture de fiction. La rubrique vivre.com se poursuit. Nous publions un article par semaine ou tous les quinze jours, le vendredi.
Il me reste à remercier tous les lecteurs fidèles, et nouveaux, de ce blog et leur dire combien leurs commentaires nous enrichissent.
Nadia Tuéni dans le film Hamasat de Maroun Bagdadi, 1980
La guerre occupe et même hante notre actualité, en nous ramenant à d’autres guerres anciennes et à leurs lectures et relectures. C’est ce qui m’a amenée à choisir de l’évoquer avec une poétesse que j’ai beaucoup aimée, la libanaise Nadia Tuéni, et un texte extrait de ses Archives sentimentales d’une guerre au Liban (1982).